Pour mon premier article, je voulais commencer par un sujet de développement personnel. Quelque chose à la fois simple à expliquer et à comprendre, assez léger mais avec une bonne matière à réflexions.

Je me voyais déjà mettre cet article sur le blog de mon site internet, et ensuite aller en dire quelques mots sur mon compte Instagram et ma page Facebook.

Cet article, il devait être l’introduction de tout le travail que je débute ici sur internet. Il devait vous donner en quelques mots à peine une idée claire de qui je suis, ce que je souhaite transmettre, et comment je travaille.

Et puis entre deux moments de rédaction, en allant flâner sur Facebook, je suis tombé sur un dessin provenant d’une de ces innombrables pages sur le bien-être, la pensée positive et la bienveillance de l’univers merveilleux. Vous savez, ces publications qui arrivent à faire cohabiter une citation du Dalaï Lama avec une photo d’un chaton jouant dans l’herbe ?

Ce dessin, il représente deux bonhommes en train de discuter. Le premier, d’un air interloqué demande au second : « Où est-ce que tu as trouvé ça ? J’le cherche depuis toujours ! ». Le deuxième bonhomme affiche lui une mine radieuse, avec un énorme sourire. Il porte devant lui une sorte d’énorme boîte qui fait presque toute sa taille, mi- tirelire, mi-méga flacon de Xanax (franchement je ne peux pas mieux la décrire). Sur ce flacon, en plus de petits dessins de fleurs, il est inscrit en gras et lettres capitales le mot BONHEUR. Pour achever le tout, le bonhomme porteur du flacon démesuré répond au premier personnage « Je l’ai fait moi-même ».

Personnellement je trouve ce dessin plutôt niais, du même acabit que les photos de chatons susnommés. Il y aurait beaucoup à dire sur les réflexions que lèvent ce simple dessin, mais je ne suis pas critique d’art alors je m’abstiendrai.

En revanche, il m’a interpellé sur la manière dont le bonheur est mis en avant. Pas seulement dans le dessin qui en soit diffuse un message plutôt sympa, mais sur nos réseaux sociaux, sur nos écrans de télés, d’ordinateurs et téléphones. Dans nos revues, nos livres, nos podcasts…bref, nos vies.

Le bonheur est devenu un absolu. Un objectif primordial à atteindre et à garder, toute sa vie. Il est devenu une identité, une image que l’on se doit de renvoyer à l’autre constamment, en toutes circonstances. Il est aujourd’hui catalogué dans le champ lexical de la réussite, au même titre que la performance, la richesse, le pouvoir ou la beauté.

Bien entendu le prisme ultra déformant des réseaux sociaux ne fait qu’amplifier le phénomène. Je ne vais pas m’étendre ici sur ce sujet qui mérite à lui seul la rédaction de plusieurs thèses en sociologie. A ce titre je vous recommande vivement le très bon documentaire et/ ou livre de Marie-Claude Elie-Morin, tous deux intitulés « La dictature du bonheur ». Le documentaire Netflix « Derrière nos écrans de fumée » est également devenu une référence sur le sujet, quoiqu’un peu trop faussement anxiogène à mon goût.

C’est comme si ça ne se faisait pas de connaître autre chose que le bonheur. Comme si tout ce qui n’entrait pas dans la définition de ce mot (qui pourrait avoir autant de sens qu’il y a de personnes sur Terre d’ailleurs, vous vous rendez compte du bazar) devait être caché, non-dit, ignoré voire banni.

C’est d’ailleurs complètement paradoxal puisque ces mêmes canaux nous exhortent à nous libérer de nos armures de rouille, à nous affirmer, à ne plus avoir peur d’être nous-même face au monde. Et franchement, c’est une super idée !

Mais alors ne peut-on pas aussi nous affirmer dans nos peines, dans nos doutes, dans nos colères ou dans nos peurs ? N’avons-nous pas le droit de nous sentir fragiles, tristes, angoissés ?

On arrive ici au cœur de mon premier message. Même si j’accorde beaucoup de crédit au courant de la psychologie positive – elle m’aide moi- même dans mon cheminement – elle est en vérité bien plus nuancée que ce qu’on peut lire à la volée sur internet ou dans nos magazines. A aucun moment il est dit qu’il faut cacher sous le tapis nos parts d’ombres, nos doutes, nos craintes, nos hontes, nos blessures. Au contraire, le principe fondamental est d’accepter ces parts de nous-même. Ce n’est qu’en les reconnaissant et en les accueillant qu’on peut vraiment commencer à travailler avec.

C’est quelque chose qui m’a vraiment frappé en lisant le livre « Trois amis en quête de sagesse » de Christophe André, Matthieu Ricard et Alexandre Jollien. Tout au long de leurs réflexions passionnantes ils n’hésitent pas à partager leurs fragilités. Christophe André par exemple explique plusieurs fois être une personne anxieuse, et pas toujours très à l’aise socialement. Plutôt curieux de la part d’un homme qui est un des plus grands défenseurs de la psychologie positive en France, qui a fait de nombreuses et qualitatives interventions sur des plateaux télés ou conférences ! On pourrait se dire qu’avec ses connaissances et expériences, il serait loin de tout ça. Eh bien non, au contraire. Il accepte cet aspect de lui- même et travaille certainement à bien vivre avec. Et d’un coup, ce qui pourrait être perçu comme une fragilité devient une force.

Si nous nous mettons dans une posture de déni constant face à ces émotions, ces états d’âmes qui nous traversent, c’est que nous décidons finalement d’abandonner et de rejeter tout un pan de nous-même. Et là, si on rentre dans le sujet de l’enfant intérieur, l’abandon et le rejet raisonne super fort dans son petit cœur innocent. Vous la sentez la culpabilité là ? Bien !

L’acceptation. C’est la clé. La base de départ d’un bon travail thérapeutique. D’ailleurs, quand vous allez chez le médecin parce que vous avez 39° de fièvre et un mal de tête à s’arracher les cheveux, vous ne lui dites pas « non mais en vrai je pète le feu ! ». Non, vous lui énumérez les symptômes, il vous file du paracétamol et vous retournez vous coucher. C’est en acceptant que votre corps vous fait souffrir que vous mettez en place les bonnes stratégies pour guérir. Vous allez faire plus attention à vous couvrir, vous faire des tisanes avec du miel, des inhalations ou tout autre remède que vous pensez bénéfique pour vous (tiens on aperçoit un tout petit bout d’un sujet sur les autosuggestions et l’effet placebo là). Eh bien c’est pareil pour le reste.

Alors pour ce premier post, plutôt que de balancer une sempiternelle injonction à vouloir être contents d’être heureux, j’ai envie de vous inviter à accepter d’être tout ce qui fait de vous cet être unique. Accordez- vous le droit d’être triste, d’être en colère, d’avoir peur ; tout autant que de vous pousser à être joyeux, aimants et reconnaissants ! Car toute cette palette d’émotions, qu’on le veuille ou non, fait partie de la vie, la vraie.